La veille a changé de nature
Pendant vingt ans, la veille désignait une chose simple : un appareil éteint qui garde juste assez de courant pour écouter sa télécommande. Un téléviseur dans cet état consomme aujourd’hui moins de 0,5 W. Le sujet paraissait clos.
Les objets connectés ont rouvert le dossier. Un appareil relié au Wi-Fi ne se contente pas d’attendre un signal infrarouge à quelques centimètres. Il maintient une association avec le point d’accès, renouvelle son bail réseau, entretient une connexion chiffrée avec un serveur distant et se réveille plusieurs fois par seconde pour écouter les balises du routeur. Cet état porte un nom distinct : la veille en réseau. Elle coûte typiquement trois à dix fois plus cher que la veille classique.
Les règles européennes d’écoconception encadrent ces valeurs. L’ordre de grandeur retenu : 0,5 W pour une veille simple, 2 W pour une veille en réseau sur un équipement courant, et un plafond nettement plus élevé pour les équipements réseau qui doivent rester joignables en permanence, comme une box. Ce sont des maximums réglementaires, pas des moyennes constatées. Beaucoup d’appareils font mieux. Certains, mal conçus, s’en approchent.
Les ordres de grandeur, appareil par appareil
Le tableau ci-dessous donne des plages relevées au wattmètre sur des appareils du commerce, converties en énergie annuelle et en euros. La conversion tient en une ligne : 1 W maintenu en permanence représente 8,76 kWh sur un an, soit environ 2,20 euros à 0,25 euro le kilowattheure.
| Appareil | Puissance au repos | Énergie sur un an | Coût annuel |
|---|---|---|---|
| Box internet et routeur Wi-Fi | 8 à 18 W | 70 à 158 kWh | 17,50 à 39,50 € |
| Décodeur TV | 5 à 15 W | 44 à 131 kWh | 11 à 32,80 € |
| Console de jeu en veille rapide | 1,5 à 10 W | 13 à 88 kWh | 3,30 à 21,90 € |
| Caméra d’intérieur Wi-Fi en attente de détection | 2 à 4 W | 18 à 35 kWh | 4,40 à 8,80 € |
| Enceinte connectée en écoute | 1,5 à 3 W | 13 à 26 kWh | 3,30 à 6,60 € |
| Micro-ondes avec afficheur | 1 à 3 W | 9 à 26 kWh | 2,20 à 6,60 € |
| Robot aspirateur sur base, batterie pleine | 1 à 3 W | 9 à 26 kWh | 2,20 à 6,60 € |
| Passerelle domotique Zigbee ou Thread | 1 à 2,5 W | 9 à 22 kWh | 2,20 à 5,50 € |
| Téléviseur en veille en réseau | 0,5 à 2 W | 4 à 18 kWh | 1,10 à 4,40 € |
| Prise connectée Wi-Fi, sortie coupée | 0,5 à 1,2 W | 4 à 11 kWh | 1,10 à 2,60 € |
| Ampoule connectée, lumière éteinte | 0,3 à 0,7 W | 2,6 à 6 kWh | 0,70 à 1,50 € |
| Chargeur de téléphone branché à vide | 0,05 à 0,3 W | 0,4 à 2,6 kWh | 0,10 à 0,70 € |
| Capteur ou tête thermostatique sur pile | 0 W au compteur | 0 kWh | 0 € |
Deux enseignements sautent aux yeux. D’abord, les petits objets connectés ne sont pas les coupables : une ampoule connectée éteinte coûte moins de 1,50 euro par an, un capteur sur pile ne coûte rien du tout. Ensuite, le poids réel se concentre sur trois postes rarement remis en question, la box, le décodeur et le pôle audiovisuel, qui dépassent souvent 30 W permanents à eux seuls.

Pourquoi un objet connecté consomme sans rien faire
La radio ne dort jamais complètement
Un module Wi-Fi en mode économie d’énergie ne coupe pas son émetteur : il l’éteint entre deux balises du point d’accès. Ces balises arrivent en général toutes les 100 ms, et l’appareil se réveille au minimum une fois sur trois, soit toutes les 300 ms environ. Chaque réveil dure quelques millisecondes mais tire un pic de 200 à 400 mA sous 3,3 V. Ajoutez le renouvellement du bail réseau, les paquets de maintien de connexion toutes les 30 à 60 secondes et les renégociations de session chiffrée : vous obtenez une moyenne de 0,3 à 1 W pour la seule fonction de liaison.
Les protocoles basse consommation changent complètement l’équation. Un capteur en Zigbee ou en Thread dort réellement entre deux mesures, ne se réveille que pour émettre une trame de quelques dizaines d’octets et redescend sous 5 µA au repos. C’est ce qui lui permet de tenir deux ans sur une pile bouton, et surtout de ne rien peser au compteur.
L’alimentation prélève sa part
Chaque appareil sur secteur embarque une petite alimentation à découpage. Son rendement est bon à pleine charge, de l’ordre de 85 à 90 %, mais il s’effondre à faible charge : à 5 % de la puissance nominale, il tombe souvent entre 55 et 70 %. Autrement dit, un bloc de 24 W qui alimente une carte consommant 0,4 W en prélève 0,6 à 0,7 au mur. Un bloc surdimensionné consomme davantage à vide qu’un bloc ajusté au besoin réel.
Le choix des composants pèse plus que le logiciel
Un détail illustre bien l’écart entre deux produits d’apparence identique : le type de relais. Un relais monostable maintenu en position fermée consomme 0,2 à 0,5 W en continu, simplement pour garder sa bobine alimentée. Un relais bistable ne consomme que pendant l’impulsion de commutation, quelques dizaines de millisecondes, puis plus rien. Sur une prise connectée qui reste enclenchée toute l’année, l’écart atteint 1 à 4 euros. La diode de statut, elle, ne pèse presque rien : 0,01 à 0,05 W, moins de 0,10 euro par an.
Mesurer chez soi sans se tromper
Un wattmètre de prise coûte peu et donne des résultats exploitables, à condition de connaître ses limites.
Le seuil de démarrage. La plupart des modèles ne détectent rien en dessous de 0,2 à 0,5 W et affichent un franc zéro. Un appareil qui tire 0,3 W apparaîtra donc comme éteint, ce qu’il n’est pas.
L’erreur relative. Comptez une précision de l’ordre de 5 % de la lecture, plus un décalage fixe de quelques dixièmes de watt. Sous 2 W, la marge d’erreur peut dépasser la valeur mesurée.
Les watts et les voltampères. Les alimentations à découpage ont un facteur de puissance médiocre à faible charge, souvent compris entre 0,1 et 0,5. Un chargeur peut afficher 4 VA pour 0,4 W réellement facturés. Le compteur du fournisseur mesure des watts : c’est cette colonne qu’il faut lire.
La méthode fiable consiste à ignorer l’affichage instantané et à cumuler l’énergie. Laissez le wattmètre en place 48 à 72 heures, relevez le total en kWh et divisez par la durée. Un relevé de 0,072 kWh sur 72 heures correspond à 1 W moyen. Pour des appareils très sobres, branchez-en plusieurs sur une multiprise et mesurez l’ensemble : le résultat sort du bruit de mesure. Évitez enfin de mesurer un objet connecté le jour de son installation ou pendant une mise à jour, périodes où sa consommation n’a rien de représentatif.
Ce que cela pèse sur une facture annuelle
| Profil de foyer | Puissance permanente | Énergie annuelle | Coût annuel |
|---|---|---|---|
| Peu équipé : box, téléviseur, quelques chargeurs | 15 à 25 W | 130 à 220 kWh | 33 à 55 € |
| Équipé : box, décodeur, console, enceintes, une dizaine d’objets connectés | 40 à 70 W | 350 à 610 kWh | 88 à 153 € |
| Très équipé : deux boxes, serveur de stockage, plusieurs caméras, deux passerelles | 80 à 130 W | 700 à 1 140 kWh | 175 à 285 € |
Pour situer ces valeurs : la consommation électrique annuelle d’un foyer de trois personnes, hors chauffage et hors eau chaude, se situe entre 2 500 et 3 500 kWh. Une veille cumulée de 350 kWh représente donc 10 à 14 % de ce total. Ce n’est pas anecdotique, et ce n’est pas non plus le premier levier d’économie d’un logement.

Réduire la veille sans renoncer au confort
Le tri se fait en une question : cette veille sert-elle à quelque chose ? Une caméra qui attend une détection, une passerelle qui relaie trente capteurs ou un thermostat qui reçoit une consigne à distance rendent un service pour leur watt. Un décodeur allumé toute la nuit et une console en veille rapide, non.
- Le pôle audiovisuel sur une multiprise à interrupteur. Téléviseur, barre de son, décodeur, lecteur : couper l’ensemble douze heures par jour économise 10 à 25 W en moyenne sur la journée, soit 20 à 50 euros par an.
- Le mode de veille des consoles. Passer de la veille rapide à la veille économique fait tomber la consommation de 8 à 10 W à moins de 1 W. C’est le réglage unique le plus rentable de la liste.
- Une seule passerelle au lieu de trois. Chaque pont ajoute 1 à 2,5 W permanents. Regrouper les capteurs derrière une passerelle unique compatible avec plusieurs protocoles supprime 2 à 5 W.
- Des capteurs sur pile plutôt que sur secteur. Un capteur d’ouverture ou une tête thermostatique alimentés par pile ne consomment rien au compteur. À fonction égale, c’est toujours le choix énergétique le plus sobre.
- Le réveil réseau désactivé sur ce qui ne l’utilise pas. L’allumage à distance et le réveil par le réseau maintiennent des circuits sous tension. Sur un téléviseur ou une imprimante, l’écart atteint 1 à 3 W.
- La fréquence de remontée des capteurs sur secteur. Passer d’une mesure toutes les 10 secondes à une mesure par minute réduit le temps d’émission radio et fait gagner 0,2 à 0,5 W par appareil.
Deux fausses bonnes idées, en revanche. Débrancher la box la nuit fait économiser 4 à 9 euros par an et coupe tout ce qui en dépend, y compris la téléphonie fixe et les objets qui remontent une mesure pendant la nuit. Et traquer les diodes de statut relève du principe, pas de l’économie.
À retenir
- 1 W permanent égale 8,76 kWh et environ 2,20 euros par an. Toute la question tient dans cette conversion.
- La veille en réseau d’un objet Wi-Fi coûte trois à dix fois la veille classique d’un appareil non connecté.
- Les gros postes sont la box, le décodeur et le pôle audiovisuel, pas les petits objets connectés.
- Un capteur sur pile en protocole basse consommation ne pèse rien au compteur : à fonction égale, c’est le choix le plus sobre.
- Un wattmètre de prise devient imprécis sous 2 W. Cumulez l’énergie sur 48 à 72 heures au lieu de lire la puissance instantanée.
- Pour un foyer bien équipé, la veille totale représente 350 à 610 kWh par an, soit 10 à 14 % de la consommation hors chauffage.
- Les deux réglages les plus rentables : la veille économique des consoles et une multiprise à interrupteur sur le pôle télévision.
